Yaguarété : comment le jaguar est revenu d’entre les morts en Argentine

Il y a des histoires de conservation qui donnent foi en l’humanité, et puis il y a celle du yaguarété. Le jaguar argentin. L’animal qui avait disparu de la région de l’Iberá il y a environ 70 ans (chassé, pourchassé, poussé jusqu’à l’effacement) et qui est revenu. Pas par miracle. Par un plan scientifique de vingt ans, une ténacité à toute épreuve, et le concours de quelques jaguars brésiliens et paraguayens qui ont accepté de jouer le jeu. C’est l’histoire du JAGUARETOUR.

1. La disparition : le silence tombe

Pour comprendre pourquoi le retour du jaguar est un événement mondial, il faut d’abord mesurer ce que la disparition a représenté.

Le yaguarété (Panthera onca) était autrefois présent dans toute l’Argentine, de la Patagonie au Gran Chaco. Son nom guaraní signifie « la véritable bête », un hommage à sa puissance, pas une métaphore. C’était le grand prédateur du continent, celui qui régulait les populations de cerfs, de carpinchos et de pécaris.

Puis est arrivé le XXe siècle. La chasse sportive d’abord. Ensuite l’agriculture : les terres humides défrichées. Enfin l’élevage : le jaguar qui attaque un veau devient automatiquement un problème à régler avec un fusil. En moins de cent ans, une présence millénaire s’efface.

Le tournant de l’histoire

Il y a environ 70 ans, le yaguarété disparaît de la région de l’Iberá. Pendant 70 ans, le silence.

2. Le plan fou de Rewilding Argentina

Rewilding Argentina est une ONG née du travail de conservation de Kristine et Douglas Tompkins, avec un principe simple et radical : ne pas se contenter de protéger ce qui reste, mais restaurer ce qui a été perdu.

Pour le jaguar, le plan est aussi ambitieux que les obstacles sont nombreux :

  1. Identifier des individus en captivité ou des populations sources au Brésil et au Paraguay
  2. Sélectionner des candidats avec le moins de contact humain possible
  3. Les transférer dans une zone préparée des Esteros del Iberá
  4. Gérer une zone de « pré-lâcher » pendant des mois pour l’acclimatation
  5. Lâcher dans la nature et croiser les doigts

Le détail qui tue : Rewilding avait réintroduit, dès 2007 et bien avant les jaguars, des pécaris à collier dans l’Iberá pour que les jaguars aient suffisamment de proies. Une réintroduction pour préparer une réintroduction.

3. Jatobazinho et les pionniers : la reconquête commence

En 2022 naissent les premiers jaguareaux dans l’Iberá. Deux petits d’une femelle appelée Arami. C’est la première naissance documentée de jaguar sauvage en Argentine depuis des décennies. Les médias du monde entier en parlent.

L’histoire de Jatobazinho

Né au Brésil vers 2016. Retrouvé affaibli dans une école rurale en 2018, secouru puis réhabilité. Transféré dans l’Iberá, passage par la zone de pré-lâcher, apprentissage de la chasse, lâcher dans la nature le 1er janvier 2022. Il devient le premier jaguar mâle adulte sauvage de la région depuis environ 70 ans. Territoire : plus de 100 km². Aujourd’hui, il est père. Pas mal pour un félin qui a commencé sa vie affamé dans une cour d’école.

4. 2026 : l’Iberá a de nouveau un grand prédateur

~50
jaguars dans l’Iberá en 2026

100 km²
territoire typique d’un mâle

~70 ans
depuis la disparition dans l’Iberá

2022
première naissance sauvage

Les biologistes de Rewilding observent ce qu’ils appellent la « peur de l’éco-paysage » : les carpinchos et les cerfs ont modifié leurs habitudes de pâturage depuis que le jaguar est de retour. Ils évitent certaines zones à certaines heures. Ce comportement modifie la végétation, qui modifie l’habitat d’autres espèces.

Un prédateur revenu change tout le paysage, même les zones où il ne va jamais.

Le paradoxe du jaguar : vous ne le verrez probablement pas. Mais savoir qu’il est là change la façon dont on regarde les hautes herbes. Chaque mouvement dans les roseaux devient potentiellement quelque chose. C’est ça, la présence d’un grand prédateur : elle modifie la conscience du paysage.

5. Le JAGUARETOUR : ce que ça change pour vous

Les Esteros del Iberá sont à environ 7-8 heures de Buenos Aires (avion jusqu’à Corrientes + transfert). Ce n’est pas le Delta del Tigre. C’est une autre expédition, plus longue, plus sauvage.

Ce que vous verrez dans l’Iberá en 2026

  • Presque toujours : carpinchos par centaines, yacarés au soleil, cerfs des marais, une grande variété d’oiseaux
  • Parfois : fourmiliers géants, loutres géantes (tous réintroduits par Rewilding)
  • Rarement mais pour lequel on vient : le jaguar, sur caméra-piège ou coup de chance au lever du soleil

La bonne question à se poser : est-ce que je viens pour cocher « jaguar » sur ma liste, ou pour comprendre pourquoi le retour d’un grand prédateur change un écosystème entier ? Si c’est la deuxième réponse, l’Iberá vous donnera exactement ce que vous cherchez, même si vous ne voyez jamais le jaguar.

Il y a environ 70 ans, le yaguarété disparaît de la région de l’Iberá. En 2022, le premier jaguareau sauvage y naît. Près de soixante-dix ans pour aller de l’extinction à la renaissance. C’est long. Mais à l’échelle d’un écosystème, c’est un battement de cils.

🦫
Capitaine Carpincho

Ceinture noire troisième dan de maté, expert en navigation au milieu des nénuphars. Capable de repérer un jaguar caché dans les hautes herbes à 300 mètres, même après trois empanadas.